Disons d’emblée que pour le Mexique, l’amputation d’une partie importante de son territoire exacerbe les problèmes sociaux et économiques de la jeune république qui connaissait depuis sa création en 1821 une instabilité politique destructrice, la présidence du pays ayant changé de mains pas moins de 18 fois avant 1848. Ajoutée à la perte de territoire, cette instabilité engendra un sentiment d’humiliation nationale.
Pour les États-Unis, cette guerre cristallise les débats qui déchireront le pays en 1861, comme l’avait prédit Emerson. Elle soulève avec plus d’acuité encore l’épineuse question de l’expansion de l’esclavage dans les nouveaux territoires que l’on croyait définitivement réglée par le Compromis du Missouri de 1820.
On se rappellera que ce Compromis faisait que les nouveaux états créés dans la Louisiane de l’époque, soit le territoire entre le Mississippi et les Montagnes rocheuses, seraient ou esclavagistes ou abolitionnistes selon qu’ils se situeraient au sud ou au nord du 36° 30′ parallèle Nord, soit la frontière sud de l’état du Missouri.
Les territoires conquis, que les Américains appellent la Concession mexicaine, consistent en la partie occidentale du Texas dont l’annexion et l’admission dans l’union américaine n’avaient pas délimité la frontière. S’y ajoutent les états actuels du Nouveau Mexique, de l’Arizona, de la Californie, de l’Utah et une partie des états actuels du Colorado et du Nevada, que l’on connait de nos jours sous le nom de Sud-Ouest américain.
Cette expansion suscite la convoitise des États esclavagistes alors que les États libres la redoute.
Le Nord reconnait qu’il ne peut abolir l’esclavage dans les 15 états où il existe déjà car le Cinquième amendement à la Constitution interdit de toucher à la propriété privée sans une compensation juste. Cette même Constitution permet cependant au Congrès de créer et de règlementer de nouveaux territoires et d’en faire des états lorsque la population le justifie. Elle permet aussi au Congrès d’y interdire l’esclavage, comme ce fut le cas lors de l’adoption de l’Ordonnance du Nord-Ouest.
Il se trouve que 9 jours avant la signature du Traité de Guadalupe Hidalgo, un certain James Marshall découvrait de l’or dans la rivière Américaine, à mi-chemin entre Sacramento et le lac Tahoe. Cela se passait le 24 janvier 1848. La nouvelle se répandit lentement mais le discours d’adieu du président Polk au mois de décembre suivant contenait une courte référence à « des découvertes récentes rendant probable que ces mines d’or sont plus étendues et plus précieuses qu’on ne le pensait« . La ruée vers l’or était lancée.
Alors, de penser les États libres, le Sud-Ouest ne serait-il pas un endroit idéal pour les mines d’or et d’argent? Ne faudrait-il pas des chemins de fer et des routes? Et des esclaves pour les construire? Voilà bien une hypothèse impossible à envisager pour le Nord. Il ne pouvait empêcher ce qui se passe dans les États esclavagistes mais il n’était pas question de permettre la création dans le Sud-Ouest de territoires qui deviendraient des États esclavagistes.
Le Sud croyait que l’extension de l’esclavage dans les nouveaux territoires était impérative. Dieu lui-même ne souhaitait-il pas que les États-Unis occupent toute l’Amérique du Nord de l’Atlantique au Pacifique? Si l’esclavage ne s’étend pas hors des 15 États esclavagistes ne s’éteindra-t-il pas? Le Sud craint en effet son rétrécissement graduel s’il n’arrive pas à étendre l’esclavage hors de son territoire. Le prix des esclaves à l’intérieur des 15 états se mettrait à baisser et c’est toute l’économie qui s’effondrerait. Sans parler de la perte de l’influence du Sud au Congrès et à la Cour suprême du pays. Qu’arriverait-il en effet à la sacro-sainte parité au sein du Congrès des États-Unis? En 1848, le pays comptait 30 états: 15 libres et 15 esclavagistes. Hors de question d’abandonner cette proportion qui assurait au Sud deux fois moins peuplé un pouvoir exorbitant au Congrès et à la Cour suprême du pays.
On le voit, cette guerre place crûment le pays devant son destin.
Le plus célèbre théoricien du Sud, John C. Calhoun avait déclaré en 1847 que
le jour où l’équilibre entre les deux parties du pays – les États esclavagistes et les États non esclavagistes – sera détruit, on ne sera pas loin de la révolution politique, de l’anarchie, de la guerre civile et du désastre généralisé. (On The Importance Of Domestic Slavery) Traduction DeepL
Cette question de l’expansion de l’esclavage dans les nouveaux territoires et états éclipsera toutes les autres de 1846 à 1860. La doctrine de la souveraineté populaire et l’amendement Willmot l’illustrent bien.