De 654 121 esclaves recensés dans le Sud en 1790, leur nombre avait sextuplé en 1860 avec 3 950 511 d’esclaves recensés. On doit cette spectaculaire augmentation à l’invention d’un appareil tout simple, l’égreneuse de coton. Inventé par Eli Whitney en 1793 et brevetée l’année suivante, le « cotton gin » (contraction de cotton engine) mécanisait une opération jusque-là manuelle et permettait aux planteurs d’augmenter leur production de coton pour nourrir cette machine. Et pour produire plus, il fallait plus d’esclaves, beaucoup d’esclaves.

Dès ses débuts, la colonie américaine produisait du coton à fibres longues originaire des Antilles et qui poussaient très bien dans un climat maritime. De plus, séparer les graines des fibres était une opération facile. Mais le coton à fibres longues ne poussait pas à l’intérieur des terres, seul le coton à courtes fibres convenant au climat. De plus, l’égrenage demandait beaucoup de temps, d’espace et … d’esclaves. Les grands espaces de l’Alabama, du Tennessee et du Mississippi, du Texas s’ajoutèrent à l‘immense territoire de la Louisiane acheté de la France en 1803 pour faire du coton du Sud le coton le plus en demande dans le monde entier. On le surnommait le « Cotton King ». Toute proportion gardée, il occupait dans le monde une place aussi prépondérante que le pétrole aujourd’hui. L’industrialisation des usines de tissus de la première moitié du 19e siècle explique ce succès.

Malgré son brevet, Eli Whitney ne tira que très peu d’argent de son invention car, faisant fi du brevet, on la copia abondamment. Recours judiciaires, pétitions aux gouvernements, rien n’y fit. Mais le génie créateur de Whitney ne s’arrêtera pas à l’égreneuse de coton. Il s’intéressait à la fabrication en série de pièces et, pour la faciliter contribua à créer la machine à fraiser. Cette machine permet la production en plusieurs exemplaires identiques de pièces et se développa d’abord dans les usines d’armement, notamment en France.
Constamment améliorée par les Américains, cette machine amena la production de masse d’un grand nombre d’objets divers de sorte qu’au début de la guerre en 1861, on voyait déjà dans le Nord « l’émergence de l’économie américaine moderne de consommation de masse, de production de masse et d’agriculture intensive en capital » (James McPherson, Battle cry of freedom pp14 et 15). Le Nord bénéficiait dune bonne longueur d’avance sur le Sud et on n’est pas surpris d’apprendre que « sur 143 inventions importantes brevetées aux États-Unis de 1790 à 1860, 93 % proviennent des États libres et près de la moitié de la seule Nouvelle-Angleterre » James McPherson, Battle cry of freedom p. 19).