Le Congrès américain et le Compromis du Missouri

La surprise fut de taille.

Lorsque les représentants au Congrès passèrent à l’étude le projet de loi autorisant les résidents du territoire du Missouri à adopter un constitution et à former un état et portant autorisation d’admettre cet état dans l’Union, ils furent amenés à étudier un amendement présenté par James Tallmadge Jr voulant

« que l’introduction de la servitude involontaire soit interdite, sauf pour la punition de crimes… ; et que tous les enfants nés dans ledit État après l’admission dans l’Union soient libres à l’âge de vingt-cinq ans. »

Intervention du représentant Tallmadge

Présenté le 13 février 1819 pendant un 15 ème Congrès, dominé par les états du Nord, l’amendement Tallmadge fut accepté et allait faire du Missouri un état libre! C’était sans compter sur le sénat. Il y avait à ce moment 22 états dans l’Union, répartis également entre les états libres et les états esclavagistes. Le Sénat rejeta la loi passée par la Chambre des représentants grâce à cinq sénateurs du Nord qui votèrent avec les sénateurs du Sud. C’est alors qu’entra en scène un grand personnage de la politique américaine, Henry Clay, qui rapprocha les parties en proposant d’accepter le Missouri esclavagiste et le Maine libre. Le fragile équilibre était respecté, le Nord et le Sud disposant alors de 12 états chacun. Les sénateurs acceptèrent ce compromis.

Mais les représentants qui seraient appelés à approuver ce compromis exprimèrent leur mécontentement, déterminés à soutenir l’amendement de leur collègue Tallmadge et faire du Missouri un état où l’esclavage ne serait pas autorisé. Un sénateur de l’Illinois, Jesse Thomas, soumit un amendement à la loi qui aurait pour effet d’interdire l’esclavage dans le territoire de la Louisiane au nord du parallèle 36°30′ nord, soit la frontière sud du Missouri. Après l’approbation, de cet amendement par les sénateurs, la loi retourna à la Chambre des représentants où elle fut approuvée. Mais il fallut attendre le 17 ème Congrès pour que le Missouri soit officiellement admis au sein de l’Union, le 10 août 1820.

Ce Compromis du Missouri ne trompa personne. Les esclavagistes ont bien vu qu’il mettait un frein à l’expansion de l’esclavage sur le continent américain, une menace donc pour cette institution. De leur côté, les anti-esclavagistes voyaient bien que ce compromis mènerait à la guerre entre le Nord et le Sud et à la dissolution de l’Union.

Voici par exemple un extrait du journal de John Quincy Adams en date du 29 novembre 1819. Ses pensées sont prophétiques!

Si l’esclavage est l’épée destinée à la main de l’ange destructeur qui doit rompre les liens de cette Union, la même épée coupera en deux les liens de l’esclavage lui-même. Une dissolution de l’Union pour la cause de l’esclavage serait suivie d’une guerre servile dans les États esclavagistes, combinée à une guerre entre les deux parties séparées de l’Union. Il me semble que son résultat pourrait être l’extirpation de l’esclavage de tout le continent ; et, aussi calamiteux et désolant que soit ce cours des événements dans sa progression, si glorieux serait son résultat final, que, comme Dieu me jugera, je n’ose pas dire qu’il n’est pas à désirer. (Traduction DeepL)