Pour les fins de ce récit, l’abolitionnisme décrit un courant religieux qui a foisonné aux États-Unis entre 1830 et la fin de la Guerre de Sécession en 1865. Il réclamait l’émancipation immédiate des esclaves et considérait la maltraitance des esclaves comme un péché. Le plus connu des abolitionnistes, William Lloyd Garrison fonda le journal « The Liberator » en 1831. En dépit de sa faible circulation, cet hebdomadaire devint le journal le plus influent et soutenait la l’application des grands principes de la Constitution à tous les individus, hommes et femmes, peu importe leur race.
L’anti-esclavagisme s’entend d’un courant politique qui militait contre l’expansion de l’esclavage dans les nouveaux territoires acquis par les États-Unis. Cette question avait soulevé les passions en 1820 lors de l’admission du Missouri dans l’Union et sera au centre des débats politiques jusqu’aux déclenchement de la guerre en 1861.
Les états du sud percevaient l’anti-esclavagisme religieux comme l’expression de l’hostilité du nord envers eux et du mépris pour leurs institutions, dont l’esclavage était la principale. Ils s’opposaient aussi au courant anti-esclavagiste au motif que rien dans la Constitution américaine ne conférait au Congrès le droit de contrôler l’esclavage dans les territoires fédéraux.
L’Ordonnance de sécession adoptée en 1861 par l’Alabama exprime puissamment la frustration de ses citoyens face aux efforts du nord qui menacent l’esclavage depuis tant d’années, l’esclavage que l’Alabama considère comme une institution fondamentale pour lui car il fournit
« …le produit qui constitue de loin la plus grande et la plus importante partie du commerce de la terre. Ces produits sont propres au climat des régions tropicales et, par une loi impérieuse de la nature, seule la race noire peut supporter l’exposition au soleil tropical. Ces produits sont devenus des nécessités pour le monde, et un coup porté à l’esclavage est un coup porté au commerce et à la civilisation. Ce coup a longtemps visé l’institution, et était sur le point d’atteindre son point culminant. Il ne nous restait plus d’autre choix que de nous soumettre aux à l’ordre de l’abolir ou de dissoudre l’Union, dont les principes avaient été détournés pour causer notre ruine. » (mon emphase)
Les pages qui suivent retracent la polarisation constante et inéluctable de la vie politique américaine autour de l’expansion de l’esclavage dans les territoires fédéraux dans la foulée du Compromis du Missouri et de la crise la nullification.
Pour mieux comprendre l’aspect politique de cette polarisation, il est utile de décrire dans les grandes lignes la fondation et l’évolution des divers partis politiques, du début de la république jusqu’à l’élection d’Abraham Lincoln en 1860.