Parce que les forces suprémacistes blanches aux États-Unis ont réussi ce que Jefferson Davis, ses supporters et plus de 260 000 morts sudistes ont vainement cherché à accomplir: élire à la tête du pays un président revanchard, réactionnaire et un des leurs, le suprémaciste blanc Donald John Trump. La défaite de Trump à l’élection présidentielle de novembre 2020 révèle que la fracture entre la majorité blanche et la minorité noire perdure. Le pays semble à nouveau divisé, certains évoquant même la possibilité d’une nouvelle guerre civile.
La guerre a duré quatre ans, de 1861 à 1865. La période de Reconstruction qui suivit immédiatement se prolongea jusqu’en 1877. C’est alors que Blancs du Sud et Blancs du Nord profitèrent de l’élection à la présidence américaine d’un complaisant Rutherford Hayes pour mettre de côté leurs différences et organiser rapidement la ségrégation raciale qui domina aux États-Unis jusqu’au début des années 1960 où un amendement constitutionnel assura en principe les droits civiques de tous les citoyens américains. Mais les éléments suprémacistes veillaient au grain, résistant, parfois avec succès, à cette avancée. Et voici que la Cour suprême des États-Unis devient à nouveau le repaire de certains des éléments les plus conservateurs, comme elle l’était avant la Guerre de Sécession.
Ajoutons à cela le phénomène de la « cause perdue » (Lost Cause) dont les champions travestirent la défaite sudiste en une victoire morale pour laquelle de valeureux combattants se seraient battus vaillamment à armes inégales pour la défense de leurs droits et de leur style de vie. Cette vue romantique de la guerre prévalut autant grâce à de prétendus historiens qu’à des oeuvres artistiques, comme le film Autant en emporte le vent (1939) qu’au travail acharné de l’organisme United Daughters of the Confederacy. En 2020, la tentation du mensonge inspire toujours le discours politique des suprémacistes blancs. Ils refusent en effet de concéder la victoire à l’élection présidentielle de 2020, multipliant les procédures judiciaires débouchant toutes sur près d’une centaine de causes perdues. Alors ils répètent le même mensonge qui voudrait que l’élection présidentielle leur ait été volée.
Le recensement de 1860 fixait la population américaine à 31 443 322 millions de personnes dont 12 240 293 millions vivaient dans les quinze états esclavagistes du sud. De ce dernier nombre, pour les raisons que nous verrons, il faut retrancher 3 950 200 esclaves. Dans les seize états libres vivaient 18 368 088 millions de personnes dont 18 seulement étaient des esclaves, vivant tous au New Jersey! On ajoute 327 390 personnes et 17 esclaves vivant dans les huit territoires gouvernementaux: Kansas (2 esclaves), Nouveau-Mexique, Utah, Colorado, Nebraska (15 esclaves), Washington, Nevada et Dakota. Complétons le tableau avec le District de Columbia où l’on comptait une population de 75 080 personnes et de 3 185 esclaves. Eh oui! La capitale américaine comptait des esclaves et même, des marchands d’esclaves.
Bien qu’il soit difficile de chiffrer précisément le nombre de soldats tombés au combat ou décédés à la suite de maladies, on avance généralement le nombre de 620 000 décès, soit 2% de la population totale du pays. On estime la population actuelle des États-Unis à 325 millions de personnes. En chiffres d’aujourd’hui, un rapide calcul nous amène à 16 millions de soldats décédés, de quoi nous faire saisir l’ampleur, heureusement inégalée jusqu’à maintenant, du nombre de décès en proportion de la population.
Ce qui a conduit un pays à la perte de 2% de sa population d’hommes dans la force de l’âge mérite le récit des événements ayant mené à ce résultat et de la guerre fratricide qui fit rage depuis l’ouverture des hostilités au Fort Sumter en Caroline du Sud le 12 avril 1861 et le 13 mai 1865, date de la fin de la bataille de Palmito Ranch au Texas. La reddition à Appomattox de l’Armée de la Virginie du nord et de son commandant en chef Robert E. Lee le 9 avril 1865 à l’Armée du Potomac de Ulysses S. Grant, n’avait pas mis fin officiellement à la guerre de Sécession et les combats ont continué jusqu’à la surprenante et dernière victoire sudiste à Palmito Ranch.