Ironiquement, Garrison compte parmi ses premiers disciples un personnage aussi important que lui dans l’histoire américaine, Frederick Douglass, fils d’une esclave noire. A l’âge de 16 ans, il réussit à s’enfuir du Maryland au Massachussets et termina ses études. Il devint prédicateur de l’église méthodiste et Garrison, après avoir assisté à l’un de ses sermons, le recruta pour prononcer des discours abolitionnistes. Cette collaboration dura environ huit ans jusqu’à ce que Douglass se sépare de son mentor. Comme nous le verrons, Garrison considérait la constitution américaine comme l’oeuvre du diable car elle protégeait l’esclavage. Douglass se dissocia progressivement de Garrison, estimant qu’au contraire, la constitution était anti-esclavagiste.

Douglass poursuivi seul sa carrière remarquable, tantôt orateur, tantôt politicien et toujours anti-esclavagiste redoutable. Son récit de ses années d’esclavage demeure une oeuvre remarquable. On se rappelle aussi ses talents d’orateur. Le 5 juillet 1852, Frederick Douglass est invité à s’adresser aux citoyens de sa ville, Rochester dans l’état de New York. Dans un discours demeuré célèbre, Douglass profite de l’occasion non pas pour célébrer les triomphes de la nation, mais pour rappeler à tous qu’elle continue à asservir des millions de personnes. On y trouve ce paragraphe:
What, to the American slave, is your Fourth of July? I answer: a day that reveals to him, more than all other days in the year, the gross injustice and cruelly to which he is the constant victim. To him, your celebration is a sham; your boasted liberty, an unholy license; your national greatness, swelling vanity; your sounds of rejoicing are empty and heartless; your denunciations of tyrants, brass fronted impudence; your shouts of liberty and equality, hollow mockery; your prayers and hymns, your sermons and thanksgivings, with all your religious parade, and solemnity, are, to him, mere bombast, fraud, deception, impiety, and hypocrisy—a thin veil to cover up crimes which would disgrace a nation of savages. There is not a nation on the earth guilty of practices, more shocking and bloody, than are the people of these United States, at this very hour.
Pour l’esclave américain, qu’est-ce que votre 4 juillet ? Je réponds : un jour qui lui révèle, plus que tous les autres jours de l’année, l’injustice grossière et cruelle dont il est la victime constante. Pour lui, votre célébration est une imposture ; votre liberté vantée, une licence impie ; votre grandeur nationale, vanité gonflée ; vos sons de réjouissance sont vides et sans cœur ; vos dénonciations de tyrans, impudence au front d’airain ; vos cris de liberté et d’égalité, moqueries creuses ; vos prières et vos hymnes, vos sermons et vos actions de grâces, avec toute votre parade religieuse et votre solennité, ne sont pour lui que de l’emphase, de la fraude, de la tromperie, de l’impiété et de l’hypocrisie – un mince voile pour couvrir des crimes qui déshonoreraient une nation de sauvages . Il n’y a pas une nation sur la terre coupable de pratiques plus choquantes et sanglantes que le peuple de ces États-Unis, à cette heure même. Traduction Google
Voici le texte intégral en version originale: