Il est difficile d’établir exactement l’époque de l’apparition de l’esclave noir dans ce qui allait devenir les Etats-Unis. En l’absence de preuve documentaire matérielle de l’établissement de l’esclavage, on croit que les premiers esclaves noirs sont arrivés en 1619 à Jamestown, la première colonie britannique dans les Amériques établie en 1607. Un navire hollandais y aurait débarqué et vendu 20 Noirs aux habitants, si l’on en croit l’un de ces habitants, John Rolfe, le mari de Pocahontas, qui en fait mention dans son journal. Il ne précise pas s’il s’agit des premiers Noirs à être ainsi débarqués.
Pour les fins de notre récit, admettons que les premiers Noirs sont arrivés en Amérique en 1619. Ironie de l’histoire, c’est à peu près à cette époque, soit le 30 juillet 1619, que se réunit à Jamestown le premier véritable gouvernement représentatif, la maison des Bourgeois (Burgess) , formé des colons de la ville. Démocratie et esclavage, contemporains? D’où venaient ces esclaves? Vraisemblablement, une cargaison prise par un corsaire anglais à un navire négrier espagnol en route vers les Indes espagnoles occidentales (Cuba, Saint-Domingue, Porto-Rico et Venezuela).
Pour quelle raison les colons de Jamestown achetaient-ils des esclaves? Comme plusieurs cultivaient le tabac, ils recherchaient constamment de la main d’œuvre à bon marché pour assurer la bonne marche de leurs entreprises en constant développement. Et la main d’œuvre faisait défaut dans la nouvelle colonie. La culture du tabac épuise les sols rapidement, condamnant le planteur à une fuite en avant pour défricher de vastes domaines qu’il consacre à la culture du tabac.
Au début ces personnes n’étaient pas à proprement parler des esclaves. Ils étaient des engagés, qui, pour le gîte, le couvert et un maigre salaire, s’engageaient pour une période de quatre à sept ans auprès d’un maitre. Les engagés constituaient une main d’œuvre bon marché. Certains étaient Européens qui reprenaient leur liberté au terme de leur engagement. Pour les Noirs, sans famille ni lien avec leur pays d’origine, la fin de leur engagement signifiait une liberté très précaire et il reprenait du service en l’absence d’autres options réalistes. Et plus d’un maitre, abusant de l’ignorance et de l’isolement d’un engagé noir, décrétait unilatéralement que son engagé deviendrait employé à perpétuité! Qu’y pouvait une personne noire ainsi traitée, elle qui était seule et sans aucun moyen de faire valoir ses droits, si tant qu’elle en avait. C’est ainsi que l’on glissa petit à petit vers l’institutionnalisation de l’esclavage, un institution où l’esclave ne jouit pas des droits d’une personne libre. Car elle est la propriété du maitre, comme l’est un cheval, un bien dont le maitre dispose à sa guise pour en tirer le meilleur rendement. On trouve dans les Procès-verbaux du Conseil et de la Cour générale de la Virginie Coloniale en date du 9 juillet 1640 un arrêté qui se lit comme suit (traduction maison) :
« Attendu que Hugh Gwyn, sur ordre de notre Conseil, a ramené du Maryland trois de ses serviteurs qui s’étaient enfuis, la Cour impose donc aux trois serviteurs une peine de trente coups de fouet. Deux d’entre eux, un Hollandais appel Victor et un Écossais appelé James devront continuer à travailler pour leur maitre jusqu’à la fin de leur contrat d’engagement et pour un an supplémentaire pour le dédommager des pertes subies en raison de leur absence; de plus, une fois leur emploi terminé, ils devront se mettre au service de la Colonie, chacun pour tois ans. Le troisième étant un nègre (sic) appelé John Punch, il devra rester au service de son maitre ou des personnes qu’il désignera jusqu’à la fin de sa vie, ici ou ailleurs. »
D’éloquentes statistiques (en anglais seulement) montrent bien l’importance de l’esclavage dans les États sudistes de 1750 à 1860.
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