L’abolitionnisme avant 1830

Dès 1641, la colonie du Massachusetts adopta une sorte de constitution, le Corps des Libertés, pour guider la conduite des colons. L’esclavage y était interdit, à l’exception des prisonniers de guerre et des étrangers qui se vendent volontairement à un colon.

There shall never be any bond slaverie, villinage or captivitie amongst us unless it be lawfull captives taken in just warres, and such strangers as willingly selle themselves or are sold to us. And these shall have all the liberties and Christian usages which the law of God established in Israel concerning such persons doeth morally require. This exempts none from servitude who shall be judged thereto by Authoritie.

Il n’y aura jamais d’esclavage, de villainage ou de captivité parmi nous, à moins qu’il ne s’agisse de captifs légitimes capturés dans des guerres justes, et d’étrangers qui se vendent ou se vendent volontairement. Et ceux-ci auront toutes les libertés et les usages chrétiens que la loi de Dieu établie en Israël concernant ces personnes exige moralement. (Traduction DeepL)

En 1652, le Rhode Island jouait un rôle très important dans la traite des esclaves entre l’Afrique et les Amériques. Il adopta néanmoins une loi interdisant toute forme de servitude. Effort certes louable mais la loi resta à toutes fins utiles lettre morte. En effet, interdisait l’esclavage à perpétuité mais pas l’esclavage pour une période inférieure à dix ans. Et puis, la colonie n’avait pas vraiment les moyens de se priver de ce commerce lucratif. Pas étonnant que cinquante ans plus tard, elle légalisa l’esclavage des Noirs et des Autochtones. Ce n’est qu’en 1843 que l’esclavage sera finalement interdit dans l’État du Rhode Island .

En 1807, l’Angleterre interdit la traite des esclaves dans ses colonies mais elle n’interdira l’esclavage qu’en 1833 par une loi ayant comme date d’entrée en vigueur du 1er août 1834. https://www.pdavis.nl/Legis_07.htm

Rappelons qu’en 1808, conformément à leur Constitution, les États-Unis abolirent l’importation d’esclaves dans son territoire.

Parallèlement à ces gestes politiques, des groupes religieux réclamèrent l’abolition de l’esclavage, comme le firent les Quaker dès 1688 en présentant une Pétition contre l’esclavage qui resta sans réponse. Ces mêmes Quakers s’interdirent de posséder des esclaves, malgré la division de la communauté se divisait sur cette question. L’Association pour l’abolition de l’esclavage de Pennsylvanie, fondée en 1775, comptait une majorité de membres Quakers. Ils furent aussi à l’origine du « chemin de fer clandestin » (Underground Railroad) qui, dés le début des années 1800 et jusqu’à la Guerre de Sécession, permit aux esclaves en fuite de gagner le Canada.

Voir https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/chemin-de-fer-clandestin

La création de la Société américaine de colonisation en 1817 visait la relocalisation des Noirs libres dont le nombre avait considérablement augmenté après la guerre révolutionnaire. Cette augmentation inquiétait la population blanche du Nord qui tolérait les Noirs mais leur rendait la vie difficile. Quant à la population blanche du Sud, elle craignait que la liberté de ces Noirs n’incitent ses propres esclaves noirs à la révolte.

Les esclaves noirs libérés par l’Angleterre en raison de l’aide qu’ils lui avaient apportée durant la guerre révolutionnaire avaient été relocalisés en Angleterre ou en Nouvelle-Écosse où ils vivaient misérablement. En 1787, avec l’aide du gouvernement britannique, des organismes charitables obtinrent l’établissement de ces Noirs en Sierra Leone, un poste de traite d’esclaves florissant depuis le XVe siècle, avec le soutien du gouvernement dont William Pitt le Jeune.

De la même façon, en 1822, la Société américaine de colonisation choisit d’établir les Noirs libres sur la Côte du poivre en Afrique occidentale dans un territoire qui devait devenir le Liberia en 1847. Reconnu immédiatement par le Royaume-Uni, ce n’est qu’en 1862 que les États-Unis reconnurent ce pays à la faveur de la sécession de plusieurs états esclavagistes. Plusieurs politiciens américains dont Abraham Lincoln soutinrent cette initiative mais on ne peut conclure que l’expérience fut une réussite.