Les partis politiques de 1796 à 1860

Les Pères Fondateurs de la république américaine voyaient dans les partis politiques une menace pour l’unité du pays et l’idéal de la révolution et il n’en existait pas lorsque le premier président, Georges Washington, dû choisir les membres de son cabinet.  Il trouva ses ministres (ses « secrétaires » en langage républicain) parmi les auteurs comme lui de la constitution, des individus aux opinions aussi différentes qu’Alexandre Hamilton, fédéraliste, et Thomas Jefferson, l’anti-fédéraliste. 

Dans son discours d’adieu à la Nation en 1796, il prononça la mise en garde suivante:

La domination alternée d’une faction sur une autre, aiguisée par l’esprit de vengeance naturel aux dissensions entre partis, qui, à différentes époques et dans différents pays, a perpétré les plus horribles énormités, est en soi un despotisme effrayant. Mais cela conduit finalement à un despotisme plus formel et plus permanent. Les désordres et les misères qui en résultent inclinent peu à peu l’esprit des hommes à chercher la sécurité et le repos dans le pouvoir absolu d’un individu, et tôt ou tard le chef de quelque faction dominante, plus capable ou plus fortuné que ses concurrents, tourne cette disposition à des fins d’élévation personnelle sur les ruines de la liberté publique.

 (mon emphase)

Traduction (DeepL)

The alternate domination of one faction over another, sharpened by the spirit of revenge natural to party dissension, which in different ages and countries has perpetrated the most horrid enormities, is itself a frightful despotism. But this leads at length to a more formal and permanent despotism. The disorders and miseries which result gradually incline the minds of men to seek security and repose in the absolute power of an individual, and sooner or later the chief of some prevailing faction, more able or more fortunate than his competitors, turns this disposition to the purposes of his own elevation on the ruins of public liberty.

George Washington fut élu sans aucune difficulté en 1788 et sans aucune opposition en 1792

Premier système de parti (1796 à 1824) : deux partis politiques se sont partagé le pouvoir à tour de rôle :

le Parti fédéraliste d’Alexander Hamilton favorisait, entre autres éléments, un gouvernement fédéral fort et l’établissement d’une banque nationale.  L’essentiel de son pouvoir provenait des états ayant une ville portuaire permettant les échanges commerciaux avec l’Angleterre.

le Parti démocrate-républicain de Thomas Jefferson et James Madison favorisait un gouvernement fédéral plus faible, moins actif, laissant plus de pouvoirs aux États, aux communautés locales et aux individus. Il rejetait l’idée d’une marine et d’une armée de métier, leur préférant des milices paramilitaires constituées selon les besoins. Et bien sûr, il s’opposait à la création d’une banque nationale.

Le deuxième président, John Adams, du parti fédéraliste, fut élu en 1796 par le Collège électoral dont les membres étaient nommés par les états, sans que n’intervienne le vote populaire.

Puis survinrent les victoires de Thomas Jefferson, du parti démocrate-républicain en 1800 et 1804 et celle de James Madison, du même parti en 1812.

La première élection présidentielle après la Guerre de 1812 entre les États-Unis et l’Angleterre eut lieu en 1816. La guerre avait amené l’effondrement du Parti fédéraliste.  Le Nord industriel comptait sur ses échanges commerciaux avec l’Angleterre. Le Parti fédéraliste s’opposait à cette guerre et redoutait l’influence à leur yeux exagérée des États du sud sur le pouvoir fédéral. En pleine guerre, à la convention de Hartford en 1814, le Parti fédéraliste vota même la suppression du Compromis des trois cinquièmes et de l’exigence d’une majorité des deux tiers au Congrès pour l’admission de nouveaux États. Il souhaitait ainsi limiter l’influence du Sud au Congrès. Le parti souleva même la possibilité de créer un état indépendant!

Peu de temps après la fin de cette convention, la victoire éclatante du général Andrew Jackson sur les forces britanniques à la Bataille de la Nouvelle-Orléans en 1815 discrédita le Parti fédéraliste et entraîna sa disparition. Il fut définitivement rayé de la carte à l’élection de 1816. James Monroe, un démocrate-républicain devint président tout comme il sera réélu sans opposition en 1820.

À l’élection de 1824, le Parti démocrate-républicain demeure ainsi seul en lice mais quatre candidats de ce parti briguèrent la présidence.  Politiquement, les électeurs représentaient quatre courants difficilement réconciliables, chacun des quatre candidats cherchant à les attirer vers lui.

John Quincy Adams, fils du deuxième président John Adams, représentait une très large partie de la Nouvelle-Angleterre qui connaissait des changements économiques et sociaux rapides. Il remporta les Collèges électoraux des états suivants: Maine, Vermont, New Hampshire, New York, Rhode Island et Massachussets (son état natal).

 William Crawford cherchait à attirer vers lui les électeurs des états situés sur la côte atlantique entre le Maryland et la Géorgie. Ces états voyaient leur population décliner et leur économie s’atrophier du fait de la baisse importante du prix des matières premières comme le riz, le tabac et l’indigo sur le marché international. Mais il n’obtint les votes que de deux Collèges électoraux, ceux de Géorgie et de Virginie, son état natal.

Henry Clay espérait rallier de nombreux immigrants du Nord-Ouest, pour la plupart agriculteurs, qui commerçaient avec le Nord.  Ils comptaient sur le gouvernement fédéral pour la construction d’infrastructures comme les ponts, les routes et les canaux pour améliorer les communications avec le reste du pays, surtout la Nouvelle-Angleterre. Le Nord-Ouest désignait les états créés dans le Territoire du Nord-Ouest en 1787. Clay remporta les Collèges électoraux du Kentucky, son état natal, de l’Ohio séparé du Kentucky par la rivière Ohio et du Missouri, seul état du Nord-Ouest permettant l”esclavage.  On devait cette exception au Compromis du Missouri de 1820 dont Henry Clay fut le principal artisan. Clay ne remporta que le Kentucky, L’Ohio et le Missouri. 

Andrew Jackson jouissait de la base géographique la plus étendue puisqu’il remporta le Collège électoral des états suivants: Louisiane, Mississippi, Alabama, Tennessee, son état natal, les deux Carolines, New Jersey, Maryland, Illinois et Indiana. À noter que le sud avait connu  une augmentation rapide de son territoire à la mesure de l’augmentation de la demande mondiale de coton et de l’invention de l’égreneuse de coton en 1793 (voir plus haut).  Cultivé par les esclaves, le coton exige de grands territoires peu accidentés et un climat chaud.  C’est ainsi que le territoire américain s’étendit vers l’ouest au-delà même du Mississipi. Andrew Jackson y trouvait beaucoup d’appui mais son passé militaire glorieux lui en valait dans toutes les régions.

Aucun des candidats n’ayant recueilli une majorité des voix au Collège électoral, le Congrès utilisa le mode électoral prévu en ce cas par le Douzième amendement à la Constitution: les membres de la Chambre des représentants choisirent le président parmi les trois premiers candidats ayant reçu le plus de votes, Henry Clay étant exclu de la course en tant que quatrième. Pour Clay, il s’agissait de son premier échec à la présidentielle.  Il en essuiera deux autres semblables échecs en 1832 et 1844.

Andrew Jackson avait remporté le plus grand nombre de votes populaires et des Collèges électoraux mais la Chambre des Représentants lui préféra John Quincy Adams qui rassembla le plus de votes à la Chambre grâce à l’appui de Henry Clay.  John C. Calhoun devint vice-président.

Entre 1824 et 1828, la politique américaine change radicalement. Alors que le président était élu depuis le début de la république par les membres du Collège électoral nommés par chacun des états, les hommes blancs de plus de 21 ans reçurent le droit de vote. Ils élisaient les membres du Collège électoral et votaient aussi pour élire le président. Mais le gagnant devait absolument obtenir la majorité des voix au Collège électoral et non la majorité des voix populaires.

Ces années-là virent la création de deux nouveaux partis issus du parti démocrate-républicain: le parti démocrate, ancêtre direct du parti démocrate actuel, sous l’autorité d’Andrew Jackson et le Parti national républicain, sous la gouverne de John Quincy Adams et de Henry Clay.

À l’élection de 1828, Jackson l’emporta haut-la-main, contre Clay pour le parti national républicain, William Wirt, du parti anti-maçonnique et John Floyd, du parti des Nullificateurs, ces derniers faisant écho à leur défaite lors de la crise de la nullification.

L’année suivante, Clay forme le Parti Whig une coalition d’opposants au Parti démocrate. Les Whigs étaient connus surtout pour le Programme américain, inspiré de l’École américaine d’Alexander Hamilton. Ce programme proposait des tarifs à l’importation, des subventions fédérales à la construction d’infrastructures et le maintien d’une banque centrale américaine. Comme on le voit, les Whigs favorisaient une centralisation importante des pouvoirs du gouvernement central, peu susceptible de plaire aux éleveurs nombreux qui voyaient cans cette centralisation une meneaux droits des États.

À l’élection de 1832, le parti national républicain de Jackson, écrase ses adversaires, le Whig de Henry Clay, le parti anti-maçonnique de William Wirt et le parti des Nullificateurs de John Floyd.

En 1836, le démocrate Martin van Buren, successeur désigné par Andrew Jackson affronte William Harrison du parti Whig qui regroupe pour l’occasion des membres des partis National républicain, Anti-maçonnique et des Nullificateurs. Les Whigs présentent quatre candidats différents mais ils n’arrivent pas à remporter la majorité des votes des Collèges électoraux (170 contre 124, pas plus que le vote populaire que le Parti démocrate remporte par moins de 1%!

En 1840, victoire du Whig William Harrison, candidat unique, contre Martin van Buren. Cette élection marque l’arrivée dans la course politique d’un parti anti-esclavagiste, le Parti de la liberté (Liberty Party).  Il ne récolta que 7,500 votes sur les quelques 2,400,000 votes pour les deux premiers partis.  Mais l’abolitionnisme sort de l’environnement religieux dans lequel il avait éclos et l’anti-esclavagisme devient un enjeu politique qui culminera lors de l’élection de 1860.  

Fait par ailleurs aussi dreamatique qu’inusité, le président Harrison succombera à la fièvre typhoïde un mois jour pour jour après son inauguration.  Le vice-président John Tyler lui succéda.  

L’élection de 1844 opposa le candidat démocrate, James K. Polk au Whig Henry Clay, celui-là même qui avait tenté de se faire élire président lors des élections de 1824 et 1832. Il essuya donc une troisième défaite, cette fois-ci par un peu plus de 5 000 voix. James Birney, du parti de la Liberté (Liberty Party), récolta près de 16 000 voix qui suffirent à priver Clay des votes nécessaires à son élection.  

À l’élection de 1848, année de la victoire de l’armée américaine sur les Mexicains, les Whigs s’emparent du pouvoir avec Zachary Taylor, héros américain de cette guerre.  Il obtient plus de 47% des votes alors que son plus proche rival, Lewis Cass du Parti démocrate recueille 42,5%.  Le Parti de la liberté ne faire guère mieux qu’en 1844, récoltant à peine 2 500 votes.  Un nouveau parti courtise les électeurs, le Free Soil Party, le Parti du territoire libre, sous-entendu, libre de l’esclavage. Avec à sa tête, Martin Van Buren, cette coalition d’anti-esclavagistes et d’abolitionnistes s’opposait à l’expansion de l’esclavage dans les nouveaux territoires américains comme les terres conquises à la suite de la victoire sur le Mexique.  Nous y reviendrons.  Taylor mourut en 1850 et son vice-président, Millard Fillmore le remplaça. Les années Taylor/Fillmore furent cruciales, ne serait-ce qu’e parent raison de l’adoption du Compromis de 1850 sur la difficile question de l’expansion de l’esclavage dans les territoires fédéraux.

L’année 1852 mit à jour le grand chambardement apporté par le Compromis de 1850.

Six partis s’affrontèrent dont trois ne récoltèrent en tout que moins de 1% des votes. Il s’agit du parti de l’Union formé de conservateurs du Nord et du Sud soutenant le Compromis, le parti politique nativiste américain , connu familièrement comme le Know nothing party en raison de l’opacité de son programme et le parti des Droits sudistes (Southern Rights) uniquement actif dans les États du sud.

Franklin Pierce à la tête du parti Démocrate, remporta une majorité de voix et sièges au Collège électoral. Vainqueur dans 27 des 31 états dont son New Hampshire natal, il laisse les autres à son adversaire du parti Whig Winfield Scott, un autre général de grande réputation qui avait dirigé les forces américaines lors de la guerre contre le Mexique, originaire de Virginie mais opposé à l’esclavage. Avec près de 5% le Free Soil Party, ne reçu aucun vote au Collège électoral.

Pour les Whigs, ce fut la dernière élection. D’anciens Whigs formeront le parti Républicain en 1854.