Mouvement abolitionniste dans les États du nord

Dans ce qui demeure un des textes les plus importants de cette période, le Manifeste sudiste (Southern Address), publié le 1er février 1849, Calhoun exprime la grande frustration des États sudistes devant les barrières dressées par les États et les citoyens du nord pour contrecarrer les termes clairs de la Constitution relative à la remise des esclaves en fuite à leur propriétaire. Le Manifeste en appelle aux politiciens sudistes et réclame leur soutien face aux attaques répétées du Nord contre le droit des propriétaires à récupérer leurs esclaves en fuite.

Calhoun rappelle que ces dispositions ont été adoptées presqu’à l’unanimité et qu’elles reconnaissaient l’existence de l’esclavage et son importance dans l’établissement et le maintien d’un équilibre politique entre les deux sections. Les deux parties entendaient bien: sans elles, la Constitution n’aurait pas été adoptée par les États du Sud et sans elles l’Union n’aurait jamais existé.

Les tribunaux supérieurs avaient reconnus que la constitution primait sur une loi d’un État qui aurait pour effet d’interdire à un propriétaire d’esclaves d’aller dans un autre État et de recourir aux tribunaux pour reprendre reprendre un esclave fugitif. L’affaire Prigg c Pennsylvanie (1836) de la Cour suprême des États-Unis illustre bien ce principe. Mais cette décision reconnaissait la légitimité d’une loi de l’état qui aurait interdit aux fonctionnaires de cet état d’aider à la capture d’un esclave en fuite.

Mais voilà que depuis longtemps les citoyens du Sud qui souhaitaient se prévaloir de ce droit se buttaient à une résistance en provenance de législateurs des États du nord hostiles à l’esclavage et qui multipliaient obstacles et mesures dilatoires et, lorsque ces obstacles et mesures échouaient, « des foules composées de Blanc et de Noirs par la menace ou la force arrachaient le fugitif à la possession légitime de son propriétaire légitime. » Et Calhoun de citer la mort en 1847 d’un certain James Kennedy tué à Carlisle en Pennsylvannie par des émeutiers malgré l’autorisation du tribunal de reprendre deux esclaves en fuite.

Le Manifeste ne reçut pas l’accueil escompté mais, comme nous le verrons bientôt, Calhoun aura bientôt l’occasion de rappeler à nouveau toutes ces frustrations.

Les citoyens du Sud, lorsqu’ils tentent de récupérer leurs esclaves, rencontrent maintenant, au lieu de l’aide et de la coopération, une résistance sous toutes ses formes ; une résistance provenant d’actes législatifs hostiles, destinés à contrecarrer et à faire échouer leurs revendications par toutes sortes d’artifices et en interposant toutes sortes d’obstacles ; une résistance provenant des juges et des magistrats ; et enfin, lorsque toutes ces mesures échouent, des foules, composées de Blancs et de Noirs, qui, par la menace ou la force, arrachent l’esclave fugitif à la possession de son propriétaire légitime. Dans la plupart des États du Nord, on ne peut plus tenter de récupérer un esclave sans risquer l’insulte, de lourdes pertes pécuniaires, l’emprisonnement et même la vie. Un digne citoyen du Maryland a déjà perdu la vie