Nouvelle crise à l’aube des années 1850

En traitant du Compromis du Missouri, nous avons conclu avec l’opinion de John Quincy Adams qui déplorait que ce Compromis mènerait à la dissolution de l’Union et à une guerre civile qui, elle, mènerait à l’extirpation de l’esclavage, résultat écrivait-il, qu’il « n’osait pas dire qu’il n’est pas désiré. » Thomas Jefferson, un des pères fondateurs, dans une lettre de 1820 au sénateur Holmes du Maine, exprimait sa crainte en ces termes

Mais cette question capitale, comme une alarme de feu dans la nuit, m’a réveillé et m’a rempli de terreur. Je l’ai tout de suite considérée comme le glas de l’Union, un bruit sourd pour le moment. Mais ce n’est qu’un sursis, ce n’est pas une sentence définitive. Une ligne géographique, coïncidant avec un principe marqué, moral et politique, une fois conçue et exposée aux passions furieuses des hommes, ne sera jamais effacée ; et chaque nouvelle irritation la marquera de plus en plus profondément.

Ces deux hommes avaient vu juste puisque la crise qui éclata en 1850 tire ses origines directement de ce Compromis qui sépara le territoire américain en deux parties, une au sud où l’esclavage serait permis, l’autre au nord où il serait interdit.

Deux éléments se conjuguent pour provoquer la crise aigüe qui conduira au Compromis de 1850: l’expansion de l’esclavage dans les nouveaux territoires et les efforts des États du Nord pour entraver l’application de la Clause 3 de l’article 2 de la Constitution sur le retour des esclaves en fuite à leur propriétaire.

EXPANSION DE L’ESCLAVAGE DANS LES NOUVEAUX TERRITOIRES

L’avenir de l’esclavage dans les territoires conquis sur le Mexique accentua la division du Sud et de Nord.

Déjà, à l’occasion de l’amendement Wilmot de 1846, de longs débats au Congrès ont bien défini les deux camps et l’opposition à l’esclavage passa nettement d’une revendication sociale radicale des abolitionnistes à un mouvement politique dont la mesure phare consistait à interdire l’esclavage dans tous les territoires fédéraux, ce qui aurait pour effet de limiter de plafonner le nombre des états esclavagistes à son niveau de 1846 soit 15 états alors que le Nord en comptait 14.

Après l’ordonnance du Nord-Ouest (1787) le Compromis du Missouri (1820) et les lois des états libres sur la liberté personnelle, lois qui barraient la route au droit constitutionnel du propriétaire d’esclave à la remise d’un esclave qui s’était échappé, la perspective d’une interdiction de l’esclavage dans les territoires américains s’ajoute au grand nombre de frustrations qui au fil des ans a refroidi l’ardeur unioniste des états du Sud.

Lorsqu’il pris la parole au sénat le 19 février 1847, théoricien le plus célèbre de la cause sudiste, John C. Calhoun, dressa un constat sombre de l’avenir qui attendait le Sud. Dans un discours accompagnant sa résolution sur la question de l’esclave, il expliquait clairement au Sénat la grave menace pour l’union que représentait le refus de créer des états esclavagistes dans les territoires. 

À la Chambre siégeaient 228 membres dont 138 représentaient les États libres et 90, les États esclavagistes. Des 286 électeurs du Collège électoral, 168 venaient du Nord et 118, du Sud. Avec 28 états dans l’Union, le Sénat demeurait la seule institution où les deux sections étaient mathématiquement égales, avec 28 sénateurs chacune. Un projet de loi qui recueillait un nombre égal de voix était automatiquement rejeté à moins que le vice-président du pays utilise son droit constitutionnel de trancher. Mais, d’expliquer Calhoun, aux deux nouveaux états qui frappaient à la porte de l’Union, l’Iowa et le Wisconsin, des états libres de l’esclavage s’ajouteraient des états issus du territoire conquis sur le Mexique et ceux créés à partir des territoires non-organisés comme l’Orégon et les Grandes Plaines, soit à peu près le territoire couvert de nos jours par les deux Dakota, le Colorado, le Minnesota, le Kansas, le Nebraska, l’Oklahoma et le Wyoming. 

En tout, selon le calcul de Calhoun, 14 états libres s’ajouteraient à l’Union pour un total de 28 alors que les états états esclavagistes devraient se contenter du nombre définitif de 14!  L’équilibre du pouvoir politique basculerait alors dans le camp anti-esclavagiste. Il concluait ainsi:

Sir, the day that the balance between the
two sections of the country–the slaveholding States and the non-slaveholding States-is
destroyed, is a day that will not be far removed from political revolution, anarchy, civil war, and
widespread disaster
.

Monsieur, le jour où l’équilibre
entre les deux parties du pays, les Etats esclavagistes et les Etats non esclavagistes, est
détruite, il n’y aura pas loin de la révolution politique, de l’anarchie, de la guerre civile et du
désastre généralisé
.