Cette ferveur anima un obscur imprimeur et journaliste, William Garrison, qui créa en 1831 un journal anti-esclavagiste, le « Liberator », menant un combat vigoureux et sans relâche contre ce qu’il considérait comme un grave péché, l’esclavagisme dont il exigeait l’abolition immédiate. Attardons-nous sur la personnalité et l’oeuvre de cet acteur incontournable de la scène politique du début des années 1830 jusqu’à l’adoption du XIIIième amendement à la constitution américaine au mois de décembre 1865, interdisant l’esclavage.

D’abord favorable à l’émancipation progressive des esclaves noirs et à la relocalisation des Noirs libres au Libéria, Garrison réclama l’abolition immédiate de l’esclavage en plus de s’adresser à plusieurs autres enjeux sociaux de l’époque après sa rencontre avec Benjamin Lundy, un anti-esclavagiste de la première heure.
Sa vie durant, Lundy se consacra à la lutte contre l’esclavage, que ce soit dans ses écrits, ses journaux ou ses nombreux voyages entrepris pour rencontrer des esclaves et des affranchis dont un séjour à l’établissement Wilberforce au nord de la ville de London en Ontario.
Garrisson était tout d’abord un incorruptible passionné, tendant à la perfection morale « comme l’est Notre Père qui est au ciel ».
Il croyait de plus que la Constitution américaine résultait d’un marchandage entre la liberté et l’esclavage. Sa pièce de théâtre « abolitionniste » le 4 juillet 1854 lui offrit l’occasion de brûler publiquement une copie de la Constitution, la dénonçant comme un Pacte avec la mort, une Entente avec l’Enfer, en référence aux compromis sur l’esclavage dans la Constitution.

C’est pourquoi il avait choisi de ne pas participer à la politique électorale américaine pour ne pas soutenir « la Constitution des États-Unis, favorable à l’esclavage et à la guerre ». Il répétait souvent: » Pas d’union avec les esclavagistes ». Il ne soutenait aucun parti politique d’autant plus que, croyant que le la légalité constitutionnelle de l’esclavage rendait inutile l’activité politique. Évidemment, il ne votait pas.
Anti-cléricaliste, Garrison dénonçait ce qu’il estimait être la corruption et l’hypocrisie des églises, tant protestantes que catholiques. Comme tout fervent Quaker, il croyait que Dieu se trouvant dans chaque individu et dans ses relations avec les autres, le clergé était inutile.
Garrison favorisait une résistance passive aux maux de ce monde et se refusait à toute violence pas plus qu’il l’encourageait pour arriver à ses fins.
Parmi ses moyens de pression, il faut compter les nombreuses pétitions dont son mouvement inonda le Congrès en 1835 en vertu du premier amendement à la Constitution américaine. Comme ces pétitions étaient envoyées par la poste, le président américain Andrew Johnson, esclavagiste comme quatre des six présidents avant lui, ordonna à la Poste de ne pas livrer ce courrier encombrant. Mais l’opposition anti-esclavagiste à la Chambre des représentants, menée par John Quincy Adams pris le relais et lisait les nombreuses pétitions, retardant d’autant les travaux de la Chambre qui adopta au mois de mai 1836 une règle du bâillon qui empêchait toute mention des pétitions et de leur contenu. Au Sénat, la situation ne fut pas différente et les esclavagistes, John C. Calhoun en tête, réussirent à imposer un bâillon aussi efficace. C’est à l’occasion d’un discours célèbre du 6 février 1837 que Calhoun s’opposa fermement à ces pétitions, y allant d’une vive défense de l’esclavagisme en déclarant
Je soutiens que dans l’état actuel de la civilisation, où deux races d’origine différente, qui se distinguent par la couleur et d’autres différences physiques, ainsi qu’intellectuelles, sont réunies, la relation qui existe actuellement entre elles dans les États esclavagistes est, au lieu d’un mal, un bien – un bien positif.
Garrison combattait non seulement l’esclavage mais il fut un des premiers à défendre le droit des femmes à l’égalité.
Son influence considérable dépassait la circulation de son journal et il demeure une marquante de l’histoire américaine, tout comme le demeure Frederick Douglass dont il sera question maintenant.